mercredi 21 mars 2012

Commissaire Janvier de Winter : "le concept de "Centre de coopération policière et douanière" constitue le point de départ de la future police européenne"





Après s'être entretenu avec le Préfet Nicolas Quillet, securiteinterieure.fr a le plaisir de recevoir le Commissaire Janvier de Winter, Commissaire divisionnaire et Coordinateur belge du centre de coopération policière et douanière (CCPD) de Tournai. Il a été précédemment chef de corps de la police de Mouscron, commune belge jouxtant la frontière française.

Il s'agit d'évoquer dans ces Conservations de securiteinterieure.fr la sécurité intérieure européenne à l'échelle locale,  et surtout d'appréhender la coopération policière sous le regard de nos voisins belges.

securiteinterieure.fr : Pouvez-vous éclairer brièvement sur le rôle du Centre de coopération policière et douanière (CCPD) ?

Le CCPD est une unité d'appui c'est-à-dire qu'il apporte son aide aux services opérationnels dans trois grands domaines:
  • l'échange d'informations tant de type judiciaire que de police administrative (ordre public) et d'intérêt général (par exemple,  l'adresse d'une service de police/douane);
  • l'aide à l'organisation d'opérations transfrontalières. Sans s'immiscer dans la direction de ces actions, le CCPD aide, tout d'abord, à mettre en contact les "bons" partenaires intéressés par l'opération. Ensuite, pendant cette dernière, il apporte son concours en matière d'échange d'informations. A  l'issue de l'activité, il communique ses constatations éventuelles aux responsables opérationnels;
  • l'analyse de la criminalité transfrontalière. Ce domaine prend de plus en plus d'importance. Il consiste à prendre du recul par rapport à toutes les analyses locales, régionales et nationales faites par les services spécialisés existants.
En s'appuyant sur ces dernières, la cellule analyse du CCPD va rechercher tous les éléments exploitables visant la zone transfrontalière. Cette démarche se fait des deux côtés de la frontière. Ainsi la comparaison des phénomènes est généralement très riche en renseignements. Elle permet non seulement de compléter des dossiers en cours mais elle peut aussi avoir un intérêt concret direct en matière d'action policière/douanière proactive.

securiteinterieure.fr : Quel est en particulier du plus-value du Centre de coopération policière et douanière?
 
Plusieurs critères sont reconnus comme étant une réelle plus-value :
  • la rapidité: plus de 90% des réponses sont faites en moins de 24 heures
  • la qualité: L'accent est mis sur la qualité de la réponse faite. Il ne suffit pas de "retranscrire" des mentions reprises dans la documentation policière/douanière. Les préposés de la première ligne (permanence) et surtout de la seconde (cellule analyse) vont procéder, chaque fois que c'est nécessaire, à ce qu'on appelle en jargon policier, à de l'enquête assise. Cela signifie que l'employé du CCPD va faire d'initiative effectuer des recherches (par exemple, le contact direct  avec un enquêteur) afin d'étayer les premiers éléments dont il dispose après avoir interrogé ses banques de données;
  • la disponibilité : le service fonctionne 24/24hrs et 7/7 jours;
  • la neutralité : le CCPD ne dépend pas des baronnies locales, ni régionales et encore moins nationales. Il peut donc aider en toute tranquillité tous les partenaires sans distinction aucune;
  • l'expertise : travaillant au quotidien dans un contexte international (textes et règlements), le CCPD se positionne de plus en plus en tant qu'expert dans ce domaine. Il peut ainsi aider par des conseils et avis les collègues du terrain confrontés à des situations particulières en matière de coopération transfrontalière (par exemple, quand je poursuis un délinquant et que ce dernier franchit la frontière, puis-je continuer la poursuite? Si oui, quels sont mes droits et devoirs sur l'autre territoire?).

securiteinterieure.fr : Quelles sont vos rapports avec vos homologues français ?

Ils sont généralement très bons. Naturellement, c'est avant tout "l'humain" qui joue. A Tournai, nous avons l'avantage de ne pas avoir de problème de langue. Les belges et les français parlent le français. De plus, la mentalité des français du Nord et des Belges n'est pas forcément très éloignée. Il n'empêche que chacun a ses us et coutumes. Mais le Centre de coopération policière et douanière est justement là pour les harmoniser et de manière globale, cela fonctionne à tous les niveaux de grade et de fonction.
Nous ne sommes pas à l'abri des difficultés. Ainsi par le passé on a déjà connu des moments plus difficiles. Ces derniers étaient liés à la personnalité d'un coordinateur français.


securiteinterieure.fr :  Que signifie, à l'échelle du Centre, la sécurité intérieure ?

Le Centre de coopération policière et douanière a surtout une vocation régionale. Mais nous constatons que cette notion évolue sérieusement depuis plusieurs années. Ainsi, le développement de structures "CCPD" dans toute l'Europe aura tôt ou tard des répercussions sur l'organisation et le fonctionnement de la "sécurité intérieure". Je crois que l'ont peut affirmer, sans exagérer, que le concept "CCPD" constitue le point de départ de la future police européenne.

Pourquoi peut-ton avancer cette affirmation?
Tout d'abord, le Centre de coopération policière et douanière
est la première structure où se trouve en contact permanent des policiers et douaniers de différentes nations. Il ne s'agit donc pas d'organisation ponctuelle comme c'est le cas par exemple avec les équipes communes d'enquêtes.
Ensuite, le CCPD s'occupe avant tout de la petite et de la moyenne criminalité, c'est-à-dire celle qui prend le maximum d'énergie des forces de l'ordre. Or, ce type de criminalité revêt bien un caractère transfrontalier, c'est-à-dire international.
Malheureusement, il n'a pas le retentissement des grands phénomènes pour lesquels les instances européennes voire mondiales investissent pas mal d'énergie au travers d'Accords (Trevi etc...).Ceux-ci, depuis les années 1970, déterminent chaque fois les mêmes lignes de forces à savoir : la lutte contre le terrorisme, contre les trafics internationaux de stupéfiants et la criminalité organisée. Récemment l'immigration vient se joindre à la liste. La concrétisation de ces accords est l'envoi d'officiers de liaison un peu partout dans le monde et pour quel résultat?
La première conséquence de ces mesures de "Sécurité intérieure" est un oubli du reste de la criminalité c'est-à-dire celle qui touche le citoyen au quotidien. Or c'est le créneau qui occupe le CCPD.


securiteinterieure.fr : Quelle est la principale difficulté à laquelle vous êtes confronté ?

Les difficultés se retrouvent concentrées au niveau belge. En effet, de manière globale, le Centre de coopération policière et douanière fonctionne très bien. Les relations entre délégations sont également très fructueuses et positives.
Seul le manque de capacités accordées à la délégation belge par sa hiérarchie cause un réel handicap interdisant le développement correct et complet du service. Afin d'illustrer mes propos, je peux citer l'exemple de la permanence belge du CCPD. Elle assume la gestion des échanges des informations 24/24Hrs et 7/7jours. Pour ce faire, les effectifs se montent à sept policiers travaillant temps plein c'est-à-dire le minimum syndical établi en 2002. Régulièrement, cette permanence travaille avec un nombre de personnel inférieur à cette norme.
Il en va de même pour la cellule analyse. Alors que la délégation française a mis les moyens suffisants pour être efficace, la Belgique a très peu réagi.

Cette apathie apparente de la hiérarchie belge peut s'expliquer par le fait que la décision de créer le Centre de coopération policière et douanière
ne vient pas d'elle mais bien du politique. Manifestement, nous nous trouvons devant une réaction "épidermique" de la Direction Générale qui, dans un premier temps, n'a investi que le strict minimum pour que le service fonctionne.
Le second Commissaire Général a permis l'augmentation d'une unité afin de renforcer la cellule analyse. Mais cette situation est précaire car dans les états-majors, il y a toujours des volontés de récupérer ce personnel pour l'investir ailleurs. Avec le nouveau Commissaire Général .... on verra! Je ne me fais pas trop d'illusion car le CCPD est loin de Bruxelles.




Nota Bene : Les Conversations de securiteinterieure.fr sont des entretiens ayant pour thème la sécurité intérieure ainsi que des sujets ayant un rapport avec elle. Ces Conversations sont des entretiens pluralistes avec des personnes issues de tous horizons (chercheurs ou praticiens) et de toutes orientations politiques. Elles constituent un volet du site securiteinterieure.fr. Vous pouvez consulter la charte éditoriale du site.
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